Euler Hermes : Une reprise trop timide, sans l’effet d’entraînement de l’inflation, pour relancer le chiffre d’affaires des entreprises françaises

02.07.2014
 
​Dans son dernier point conjoncture, Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, livre ses prévisions macro-économiques pour la France et les entreprises françaises.
 

1. La France renouerait doucement avec la croissance… mais à un niveau insuffisant pour faire reculer réellement les défaillances.

 
  • Euler Hermes maintient ses prévisions de croissance pour 2014, à +0,7%. Pour autant, les chiffres du 1er semestre du commerce extérieur déçoivent : la demande adressée à la France passe de 19 à 14 milliards d’euros, principalement en raison d’une moindre croissance hors zone euro, comme aux Etats-Unis, en Russie et en Chine qui affichent des taux inférieurs aux attentes initiales. Cette contribution plus réduite de l’export au PIB français est compensée par une réduction moins rapide des dépenses publiques.
  • Cette croissance molle s’accompagnera d’un reflux très limité des défaillances. Euler Hermes prévoit une légère inflexion de -1% en 2014, correspondant à la première baisse depuis 4 ans. Pour autant, même si les défaillances des entreprises de plus 15 millions d’euros de chiffre d’affaires amorcent un repli (-11,1% à fin mai, sur douze mois glissants), la sinistralité reste à un niveau record, avec plus de 62 000 défaillances attendues, soit 25% au-dessus de leur niveau d’avant-crise. Sur un an, le coût des défaillances reste élevé : 4,7 mds d'euros (soit 0,25 point de PIB) et 181 000 emplois.
  • En 2015, Euler Hermes attend une croissance de +1,2% pour la France, portée par un rebond mécanique de la consommation et de l’investissement. Ce niveau équivaut à un nouveau point d’inflexion susceptible d’inverser réellement la tendance haussière des défaillances, ainsi que celle du chômage.
    En revanche, l’ajustement budgétaire requis par le pacte de stabilité annihilera les effets positifs du pacte de responsabilité à horizon 2015. Un déficit public à 3% du PIB semble aujourd’hui inatteignable tandis qu’environ 15 milliards d’économies supplémentaires seraient nécessaires, mais certainement non souhaitables, pour atteindre ce taux cible en 2015. Ainsi, Euler Hermes maintient ses prévisions d’un déficit public au-dessus de 3,3%.
« La reprise européenne a du mal à être captée par les entreprises françaises. On constate un léger redémarrage de l’activité mais la courroie de transmission de la croissance semble bloquée par la situation de désinflation en France et en zone euro », souligne Nicolas Delzant, président du Directoire d’Euler Hermes France. « La question du prix est ainsi centrale pour soutenir durablement les chiffres d’affaires durablement et restaurer les marges des entreprises au plus bas depuis le milieu des années 1980. »
 

2. Pour générer un vrai rebond des chiffres d’affaires des entreprises françaises, l’inflation devra doubler.

 
  • La désinflation touche actuellement de nombreux pays en zone euro, une situation qui s’installe au détriment de l’économie réelle et atteint la dynamique de désendettement, l’extension du crédit aux entreprises ainsi que la compétitivité. Depuis la mi-2012, l’euro s’est apprécié en moyenne de 10%, tandis que le dollar reste stable et que le Yen perd 26%.
  • Malgré les annonces positives récentes de la Banque Centrale Européenne, il semblerait que l’effet prix manque à l’appel. D’après les calculs d’Euler Hermes, il manquerait 2000 milliards d’euro en circulation, soit l’équivalent du PIB de la France, pour résoudre la dynamique désinflationniste en cours.
  • En dépit d’une légère reprise macro-économique, l’insuffisance de circulation monétaire a une conséquence majeure pour la France : les chiffres d’affaires des entreprises ne repartent pas. La concurrence par les prix se fait rude et la création de valeur, de plus en plus difficile. Aujourd’hui, compte tenu des prévisions de croissance à +0,7% en réel (soit +1,6% en nominal à la fin de l’année), les chiffres d’affaires continueraient de stagner d’ici fin 2014, à environ +0,4%.

« Seul un doublement de l’inflation (de 0,7% prévu à 1,4% en 2014) permettrait de relancer franchement la croissance des chiffres d’affaires en France à +2% », analyse Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes.

 
Par conséquence, en raison de la faible dynamique des prix, des prévisions d’inflation à +1% et de croissance à +1,2 % en 2015, Euler Hermes anticipe une progression de 1,3% des chiffres d’affaires des entreprises françaises. Au final, il apparait évident qu’une reprise franche des chiffres d’affaires ne serait possible qu’à la condition d’une
dynamique d’inflation comprise entre 1,5% et 2%, soit le niveau moyen d’avant crise.
 
La présidence italienne de l’UE pourrait rouvrir le débat d’une politique monétaire plus accommodante, alors que l’Allemagne commence elle aussi à souffrir de la désinflation en zone euro et de l’euro trop fort hors zone. Sans attendre une révolution monétaire en zone euro, il est important pour la France de trouver des pistes de créations de valeur pour ses entreprises.

 

3. Trois idées de ciblage pour créer de la valeur… Même sans inflation !

 
  • Un autre effet « Peter Pan »

    Les effets de seuil liés à la taille de l’entreprise sont plus que jamais dans le viseur des politiques publiques. En effet, les désincitations fiscales et l’accès limité au financement arrêteraient net la capacité de grandir de ces petites entreprises (passage de 9 à 10 employés et surtout de 49 à 50). Pour accélérer la création de valeur, il semble plus efficace de cibler et d’accompagner les jeunes entreprises (moins de 5 ans). Deux raisons : leur contribution à la création d’emploi (15% de l’emploi, et à 22% des créations nettes ), et leur insertion dans des chaînes de valeur globales et innovantes (entreprises de services, French Tech…).

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    Eviter l’effet « Astérix »

     

    La compétitivité des entreprises se joue à l’export. Au final, les aides se concentrent encore trop sur des secteurs protégés de la concurrence internationale. Un exemple probant : en 2014, plus de la moitié de la 2ème tranche du CICE, soit 3,3 milliards d’euros, bénéficiera à des secteurs peu concurrentiels et/ou protégés, selon nos calculs. Les entreprises exportant une large part de leur chiffre d’affaires ne capteront qu’une faible part de cette 2ème tranche, soit 540 millions d’euros. Par ailleurs, la France doit encore investir pour échapper au piège du milieu de gamme et rendre ses entreprises résilientes face à des pays qui bénéficient de coûts du travail plus avantageux. En 2014, les exportations devraient croître de +2,5%, en valeur comme en volume, ce qui ne permettra pas de compenser l’augmentation du coût du travail.
  • Réveiller le génie du financement de l’économie, l’effet « Aladin »

    Aujourd’hui le crédit d’investissement et le crédit de trésorerie ne semblent pas contraints en France, contrairement à d’autres pays de la zone euro. De plus, la mise en place d’une Banque Publique d’Investissement, ainsi que la réflexion sur le déblocage de l’épargne de long-terme, démontrent une volonté de relever le défi du déficit d’investissement en France : selon nos calculs, l’investissement des entreprises reste 7% en dessous de son point haut d’avant-crise.

« Il est urgent d’enrichir la boîte à outil du financement de l’économie française, conclut Ludovic Subran. Bourses régionales, incitations pour les business angels, véhicules d’investissement innovants, pour n’en citer que quelques-uns, permettront d’enclencher à nouveau un cercle vertueux d’investissement alors que le taux d’autofinancement passerait en dessous de 60% cette année, soit 40 points de moins que l’Allemagne. »