Euler Hermes > Media > Actualités

La croissance du commerce mondial en volume devrait rester structurellement en deçà de +4% par an

24.10.2016
 
PARIS – LE 24 OCTOBRE 2016 – Selon Euler Hermes, leader mondial de l’assurance-crédit, la croissance du commerce mondial en volume s’est particulièrement affaiblie en 2016 à +2,1%, mais devrait ré-accélérer légèrement en 2017 à +3,1%. Chocs de demande dans les pays émergents, faiblesse durable des prix des matières premières, succession de dépréciations des devises dans le monde, et montée du protectionnisme : Autant de variables qui expliquent cette performance décevante.

L’Europe remporte une bataille, les USA et la Chine courbent le dos

« Entre 2014 et 2016, les échanges internationaux de biens et services se sont contractés de -3 129 milliards USD, ce qui représente quasiment le PIB de l’Allemagne », détaille Ludovic Subran, Chef économiste d’Euler Hermes. « Malheureusement, il ne s’agit pas d’une tendance de court terme : même après 2017, le commerce mondial a peu de chance de retrouver son rythme de croissance d’avant-crise. »

Euler Hermes estime que les importations additionnelles en 2016-2017 seront soutenues par l’Allemagne (77 milliards USD) et le Japon (49 milliards USD). Dans le même temps, la Chine cèdera son fauteuil de plus gros acheteur mondial. Cette tendance concerne bon nombre de pays, dont les importations sont loin de connaitre les taux de croissance enregistrés par le passé. 

S’agissant des exportations additionnelles en 2016-2017, dans ce contexte de décélération de la demande mondiale, les exportateurs européens devraient tirer leur épingle du jeu, alors que les exportateurs de matières premières continueront à souffrir. L’Allemagne occupera la première place du classement, avec des gains à l’export estimés à +75 milliards USD, suivie par la France (+42 milliards USD), l’Irlande (+38 milliards USD), et le duo Italie-Espagne (ex aequo, +34 milliards USD). La stabilité de la croissance de la zone euro, à +1,6% en 2016 comme en 2017, est de plus un gage de progression des chiffres d’affaires à l’exportation. 

Pour les exportateurs français, l’année 2017 sera plus porteuse que 2016. « En 2016, les chiffres d’affaires français ont été affectés par la transmission de la baisse du prix des matières premières aux biens industriels. Mais avec la remontée des cours des matières premières déjà entamée, l’effet de reflation anticipé pour 2017 (inflation à +0.2% en 2016 et à 1.3% en 2017 en France) devrait soutenir les chiffres d’affaires à l’exportation. Ainsi, sur les +42 Mds USD de croissance des exportations françaises prévus en 2016-17, les deux tiers seront générés en 2017 », souligne Stéphane Colliac, économiste France chez Euler Hermes.

De son côté, la Chine ne se classe que sixième (+33 milliards USD), preuve du difficile rebond de l’appareil exportateur chinois.

A moyen terme, la croissance du commerce mondial en volume ne devrait pas ré-accélérer au-delà de +4% par an. Le leader mondial de l’assurance-crédit voit trois raisons principales à ce rythme modéré :

  1. L’évolution structurelle de la demande mondiale, avec la Chine et les Etats-Unis qui confirment qu’ils ne sont plus les moteurs du commerce mondial. La Chine s’engage vers un modèle qui nécessite moins d’importations, axé sur la consommation privée et les services. Aux Etats-Unis, la révolution énergétique se traduit par une baisse des importations d’énergie. « Si la croissance des importations de la Chine en volume se contracte d’un point, cela coûtera 0,3 point à la croissance du commerce mondial. Pour les Etats-Unis, avec une contraction similaire du volume d’importations, l’impact sera de 0,2 point », abonde Ludovic Subran.
  2. La régionalisation des circuits de financement des économies complique singulièrement le financement du commerce et de la dette (en USD), et les dévaluations compétitives sont au mieux un jeu à somme nulle (ce que l’un gagne, l’autre le perd) et n’ont donc pas permis de relancer le commerce mondial.
  3. Le secteur privé a été refroidi par la montée du risque politique et du protectionnisme (352 nouvelles mesures protectionnistes relevées au premier semestre 2016).

Mondialisation 2.0 : quelle stratégie pour prospérer à l’international ?

« Dans le monde entier, les consommateurs sont désormais davantage demandeurs de services et de contenus immatériels que de biens. De plus, le financement du commerce international est devenu plus complexe et onéreux, le risque politique s’accroît, et le protectionnisme se renforce », complète Ludovic Subran. « L’heure est visiblement à une nouvelle mondialisation, qui intègre davantage le citoyen, suscite sa confiance, et conduite de manière différente par les décideurs politiques et économiques. »

Dans ce contexte, les entreprises devront trouver de nouvelles alternatives pour se développer.

  • Elles peuvent miser sur la servicisation et la digitalisation pour devenir des multinationales plus rapidement, et dépasser les handicaps qu’elles pourraient avoir, comme leur taille (micro-multinationales). Le commerce de services a été moins perturbé que le commerce de biens : la croissance des exportations de services était stable à +6,7% du PIB mondial en 2014-2015, alors que les exportations de biens ont reculé de -22% en 2015 et de -24% en 2014. « L’indice Euler Hermes de support à la digitalisation montre que l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède sont les pays les mieux positionnés pour favoriser le développement à l’international des entreprises par voie numérique », explique Stéphane Colliac.
  • Les entreprises peuvent aussi faire le pari de l’investissement étranger pour croître. Les fusions acquisitions transfrontalières ont représenté 1 600 milliards USD en 2015, avec les entreprises chinoises en première ligne de cette nouvelle vague d’internationalisation. 
  • Suite à des méga-accords commerciaux décevants, il semble nécessaire de redécouvrir les blocs régionaux : Europe – Moyen-Orient – Afrique, Amérique du Nord – Amérique du Sud, Asie du Sud-Est.

« L’exportation n’est pas un long fleuve tranquille, mais ce n’est pas la seule façon pour une entreprise de s’internationaliser. L’investissement est de plus en plus une stratégie porteuse, et suppose fréquemment la signature de partenariats avec des sociétés locales, à même de vendre directement au consommateur final, en lieu et place d’une exportation qui se heurtera à des barrières protectionnistes. Ainsi, avec les mutations du commerce mondial, de nouveaux acteurs, encore relativement jeunes et petits, pourraient surprendre les grandes sociétés multinationales par leur capacité à épouser plus facilement les nouveaux paradigmes du commerce international », conclut Ludovic Subran.