La croissance, à quel prix ? A +2,4%, la croissance mondiale atteint son plus bas niveau depuis 2009

31.08.2016
 
 
• Entre la faiblesse des prix et le lourd fardeau de la dette au Brésil et en Chine, les perspectives économiques mondiales se dégradent. L’économie mondiale ralentira en 2016 à +2,4%, et les défaillances d’entreprises devraient croître de +1% en 2016 et en 2017.
• La conjoncture économique mondiale fait à la fois des gagnants et des perdants. Les consommateurs, les importateurs et ceux qui recourent à la dette profitent de la situation, tandis que les producteurs et exportateurs nets, et les épargnants y perdent. 
• On assiste à un accroissement des risques à l’échelle internationale : Chine, pétrole, Brexit, banques italiennes, Turquie et élections américaines

La croissance mondiale ralentit. C’est ce qu’explique Euler Hermes dans son dernier rapport intitulé « La croissance, à quel prix ? ». Selon le leader mondial de l’assurance-crédit, l’économie mondiale ne devrait croitre que de +2,4% en 2016, soit son plus bas niveau depuis la crise de 2009. En 2017, pour la sixième année consécutive, elle restera de nouveau modérée, à +2,7%. 

Une faiblesse des prix qui peine à rassurer les agents économiques et freine la croissance 


Plusieurs chocs ont affecté l’économie mondiale au cours des derniers trimestres, effaçant les effets positifs que la baisse des prix aurait dû avoir sur l’activité. « Trois chocs ont récemment secoué l’économie mondiale : la peur d’un atterrissage brutal de la Chine, la chute des prix du pétrole relative à la décision de l’OPEC de conserver à tout prix ses parts de marchés, et les premiers effets du Brexit », explique Ludovic Subran, Chef économiste d’Euler Hermes. « Ces chocs continuent d’affecter l’économie mondiale, et d’autres chocs sont à prévoir, s’avérant préoccupants pour notre économie : les difficultés rencontrées par le secteur bancaire italien, la situation actuelle en Turquie après la tentative de coup d’Etat, ou encore les élections américaines. En période d’incertitudes, les investisseurs recherchent des opportunités d’investissements sûres, et les ménages et les entreprises misent sur l’épargne. La faiblesse des prix et des taux d’intérêts ne les incitera pas à diversifier leurs investissements ou à accroître leur consommation. Cela pose un grand nombre de problèmes à l’économie mondiale. »

En effet, si une période prolongée de baisse des prix du pétrole semble propice à la croissance, l’interminable recul des prix à la production peut constituer un frein à l’économie mondiale. « L’environnement de prix bas est le symptôme de surcapacités handicapantes, et le signe clair que le redressement des chiffres d’affaires prendra du temps. » A l’échelle domestique et internationale, la faiblesse des prix pèse d’ailleurs sur les chiffres d’affaires. « Si la croissance du commerce international en volume est attendue à +2,2% en 2016, il devrait se contracter de -2% en valeur, le redressement des volumes ne s’accompagnant pas d’une hausse des prix. Dans ce contexte, la progression des chiffres d’affaires des entreprises demeure limitée. Dans la zone euro par exemple, après avoir atteint +0,8% en 2016, elle ne devrait s’établir qu’à +1,2% en 2016 », développe Ludovic Subran.

Les entreprises, sujettes à des chocs, plus frileuses, mais pas forcément moins bien armées


La « croissance sans prix » fait à la fois des gagnants et des perdants. Les exportateurs, les producteurs de matières premières et les épargnants sont moins bien rémunérés. En revanche, les consommateurs, les importateurs et ceux qui recourent au crédit profitent pleinement de la faiblesse des prix et des taux d’intérêts.

Plus généralement, certaines entreprises sont très affectées par cette situation : pour la première fois depuis 2009, les défaillances d’entreprises à l’échelle mondiale devraient augmenter de +1% en 2016 et en 2017. « Le haut niveau de la dette publique et des entreprises joue un rôle central dans de nombreux pays. La Chine est particulièrement concernée : alors que la dette des entreprises chinoises représente aujourd’hui 170% du PIB, les défaillances d’entreprises ont augmenté de +24% en 2015, et devraient croître de +20% en 2016. Mais plusieurs autres pays ressentent toujours les effets du choc monétaire et de richesse survenu l’an passé. Les devises de nombre d’économies se sont fortement dépréciées face au dollar américain, ce qui a affecté leurs finances publiques, ainsi que les entreprises de ces pays », justifie Ludovic Subran. « Le deuxième facteur qui explique notre prévision à la hausse des défaillances, c’est l’inversion des moteurs de croissance : les importateurs et les consommateurs de matières premières ont vu leur croissance accélérer, tandis que l’activité a ralenti dans les pays exportateurs et producteurs. »

La répétition des chocs n’a pas laissé de place à une reprise globale de l’investissement. Dans ce contexte, la croissance des profits dans les pays développés a incité les entreprises de ces derniers à accumuler une trésorerie très importante. Ludovic Subran note que « les entreprises ont accumulé près de 7 trillions de dollars de trésorerie ces dernières années. C’est un montant très important qui témoigne à la fois de leur frilosité à court-terme, mais qui constitue un trésor de guerre qui pourra être dépensé lorsque l’incertitude économique aura suffisamment diminué. Les bases de la croissance future sont là. »


 
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