Aéronautique : l’industrie poursuit son essor, temps plus agité pour le transport

13.12.2012
  • ​Les livraisons d'appareils de plus de 100 places devraient croître de 14% en 2012 et 10% en 2013, atteignant des sommets jamais atteints jusqu'alors par l'industrie aéronautique.
  • Baisse d'environ 25% des commandes nettes en 2012, qui souffrent néanmoins de la comparaison avec une année 2011 exceptionnelle.
  • En 2012, découplage des tendances dans le transport aérien: 
       > pour les trafics et les prix : hausses pour le segment passagers, baisses pour le cargo ;
       > pour la rentabilité nette moyenne pour les compagnies classiques : hausse aux Etats-Unis, baisse en Europe et en Asie.
  • En perte en 2012, le transport aérien classique européen pourrait revenir à l'équilibre en 2013 grâce aux lourdes restructurations engagées.

 

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Analyse sectorielle de l’assureur-crédit Euler Hermes

​Pour la deuxième année consécutive, l’industrie aéronautique devrait afficher une croissance solide avec +14% d’appareils livrés en 2012. Et selon Euler Hermes la tendance positive devrait se poursuivre en 2013 (+10% des livraisons), alimentée toujours par une augmentation quasi généralisée des cadences de production.

 

« Les solides carnets de commandes offrent une bonne visibilité à la filière aéronautique puisqu’ils représentent sept à huit ans de production », dit Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes. «Les constructeurs ont plus d’un atout dans leur manche pour assurer leur pérennité : une grande diversité géographique de leur portefeuille clients, une forte demande en provenance des compagnies d’Asie-Pacifique, mais aussi du Moyen Orient, et le développement du segment low cost. En plus, nous voyons émerger un nouveau relais de croissance qu’est le renouvellement de flottes pour des avions plus économes en carburant.»

 

Globalement le chiffre d’affaires du transport aérien devrait progresser de 6,4% cette année, entrainé par un segment passagers en forte hausse de +7,9% selon nos estimations, qui a contrebalancé le repli de -2% de l’activité cargo. Cette dernière, déjà affectée par le ralentissement des routes commerciales avec l'Europe, souffre de taux de remplissage dégradés et donc d'une érosion des prix (ca. -2,0%), due à des capacités stables dans un marché en contraction.

 

Dans un secteur où le carburant est le principal poste de coûts opérationnels (en moyenne un tiers du total), un pétrole sur un seuil de cours élevés tel qu'en 2012 se traduit très souvent par une baisse des profits: pour le transport aérien mondial, c'est une chute d’environ 50% en 2012

 

Horizon dégagé pour les constructeurs

 

Les perspectives de l’industrie aéronautique continuent à être rassurantes. Après les 1011 appareils livrés l’an dernier, les livraisons afficheraient un nouveau record avec 1155 unités en 2012 et, selon nos estimations, 1270 avions prévus en  2013. Côté commandes, 2011 a été dopée par le succès de l’Airbus A320 Neo. Arrivé sur le marché plus tardivement l'année dernière, le B737 Max, aura été le modèle vedette de 2012, qui représente une année commerciale plus « normale » avec 1700 commandes projetées (vs. 2224 en 2011). Pour 2013 Euler Hermes s’attend à 1200 nouvelles commandes, un niveau toujours au dessus de 2010.

 

Transport aérien : temps variable selon les régions du monde

 

En 2012 le chiffre d’affaires global du transport aérien – passagers et cargo confondus – devrait atteindre USD 636 milliards (EUR 491 milliards)  en hausse de 6,4% par rapport à l’an dernier. On assiste cependant à un découplage entre les activités passagers et cargo. Ainsi, le segment passagers poursuivrait sa croissance à un rythme élevé de +7,9% à USD 505 milliards (EUR 390 milliards), alors que l’activité cargo se contracterait de -2% à USD 68 milliards (EUR 53 milliards).

 

«Depuis 2011, alors que le transport passagers, s'appuyant sur un double relais, vols domestiques et internationaux, a continué à augmenter, le trafic cargo a reculé, notamment à cause du ralentissement des routes commerciales avec l'Europe. Pour ce dernier Nous nous attendons au minimum à une stabilisation en 2013 avec une amélioration graduelle du commerce international dont devra logiquement bénéficier le cargo », explique Bruno Goutard, analyste sectoriel d’Euler Hermes.

 

Le transport aérien classique est encore fortement structuré par régions:

  • Etats-Unis : La  hausse des prix de 6%, résultat d'un contrôle strict des capacités par les compagnies classiques américaines face à l'atonie de la demande, a contribué à la solide rentabilité nette de 2,2%* du chiffre d’affaires atteinte en 2012, qui devrait même avoisiner 3,5%* en 2013.
  • Europe : Le transport aérien classique, en perte en 2012 (-0,5%*) sous l’effet d’un trafic moins dynamique et d’un prix du carburant élevé, est en pleines restructurations dont on devrait voir les premiers fruits en 2013. Retour donc à l’équilibre prévu en 2013
  • Asie hors Chine : Un marché dynamique mais où la concurrence low cost s’intensifie et pèse sur les prix. Après une baisse de la rentabilité nette de 50% cette année à 2%, celle-ci devrait se renforcer à 3%* en 2013, en particulier grâce à un segment cargo en meilleure forme
  • Chine : Une croissance toujours très rentable pour les compagnies chinoises, qui devrait atteindre une rentabilité nette de 4,5%* en 2012 et de 4,7%* en 2013.
  • Moyen Orient : Le secteur continue sa conquête d’activité avec une hausse de capacité à deux chiffres par an. La rentabilité nette devrait se stabiliser à 4%* en 2012 et 2013.

* Rentabilité nette moyenne sur les échantillons Euler Hermes

 

2013, le début d’une « consolidation » mondiale du transport aérien ?

 

2012 marque une année de redéfinition des modèles économiques, afin de tenir compte des conditions de marché actuelles. Selon Ludovic Subran, «Avec les récents rapprochements entre des compagnies du Golfe et des transporteurs classiques aux travers d’une alliance (Qatar Airways – oneworld) ou d’un partenariat (Etihad Airways – Air France-KLM), nous assistons à de vraies réorientations stratégiques».

 

D’autres mouvements significatifs pour les compagnies classiques, susceptibles de transformer le secteur, sont la mise en place ou le renforcement de filiales low cost, tels que Germanwings pour Lufthansa ou Transavia pour Air France-KLM. 

 

« Dans la continuité de l'année 2012, le temps est venu pour le transport aérien qui symbolise la mondialisation, de se globaliser réellement. 2013 pourrait être l'année des premiers jalons posés sur la voie de la consolidation du transport aérien au niveau mondial », ajoute Bruno Goutard.